Conférence Toponymie

Le 15 décembre 2021, devant prés de 40 personnes, Michel Tamine, ancien professeur à l’université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l’AJA nous a fait partager sa passion pour les mots, leurs origines, leurs constructions et leurs répartitions géographiques.

Cette passion qu’il pratique continuellement, s’est déclinée ce soir sur la toponymie et sur un exemple en particulier: les toponymes désignant le « hêtre ».

Identifiés dans le cadastre »napoléonien » réalisé dans la première moitié du XIX ème siècle et riche de 65000 noms de lieux et lieudits, ces toponymes font apparaître une stratigraphie linguistique constituée de 3 couches, appartenant aux différentes langues pratiquées autrefois dans la région.

une couche gauloise représentée par bagina (sylva), dérivé adjectival de bagos, qui désignait le hêtre en gaulois, et qui aboutit par une évolution phonétique régulière à: Baine, Beyne ou Bène, etc .(selon les graphies retenues au cadastre). Ce toponyme est présent à Aiglemont, Montcy-Saint-Pierre, Nanteuil- sur- Aisne, Vaux- Champagne, mais aussi dans le nom de la commune marnaise de Beine-Nauroy. (37 attestations de Baine ,Beine dans la Marne).

une couche latine, représentée par les descendants de fagus, qui désigne le hêtre en latin et aboutit à Faux, très présent dans les Ardennes(75 attestations) et la Marne (cf. Les faux de Verzy), ainsi que son dérivé fagetum, qui aboutit à Fayis, Fays, Fée (cf.La Marfée), (plus de 100 attestations dans les Ardennes) ( voir carte, annexe 1); d’autres dérivés sont également présents, comme Fayard, Fayenne, Fausey, etc. (voir annexe 2) .

une couche germanique, à partir de l’étymologie *haistr, qui a donné au français le nom « Hêtre », dont on trouve quelques représentants toponymique dialectaux sur la bordure orientale des Ardennes(as,at,èt)ainsi que le diminutif Hatrelle (Fleigneux, Hautes-Rivières…).Mais comme on le voit, le nom d’origine germanique s’est imposé dans le lexique, sans entamer la couche toponymique latine, solidement implantée.

Vient ensuite l’exposé d’une recherche récente, associant la société française d’onomastique (dont Michel Tamine assure la présidence), le laboratoire COGIT de l’IGN et l’INRA (Nancy). A la demande de ce dernier, dans le but d’évaluer l’impact du changement climatique sur l’implantation du hêtre, une recherche toponymique a été conduite sur l’ensemble du territoire français, afin d’évaluer l’implantation du hêtre au XIX ème siècle: les résultats ont été comparés à l’implantation actuelle, ce qui a permis de modéliser, par projection, la situation prévisible en 2100: le résultat est impressionnant, puisqu’il montre que le Hêtre aura disparu dans une grande partie de l’ouest de la France (voir annexe 3).

Sources de l’exposé:

Michel Tamine, « le hêtre dans le toponymre des Ardennes », Nouvelle Revue d’Onomastique n° 54, 2012 [parue en 2013, p 37-74.]

M. Tamine, D. Tarze, S.Mustière, V. Badeau, J.-L.Dupouey, « changement climatique et toponymie – Etude de la répartition ancienne du hêtre à travers ses traces toponymiques », Revue internationale de géomatique, vol.25, n°2/2015, p229-244. Cette recherche a été conduite en collaboration avec l’IGN (Laboratoire COGIT) et l’INRA Nancy Université/UMR écologie et écophysiologie forestière.

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